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  • Antre d'eux(nouvelle courte)

    Bordel de Vie, Vie de Bordel !

    Le désordre de l’appartement où Jane avait suivi Thomas, était vraiment désespérant. Il avait dix ans de plus qu’elle, et vivait seul, comme un ours, englué dans le miel de ses souvenirs, qui étaient devenus ces objets éparpillés partout, et les vrais habitants de la maison !
    Dans son salon sur sa table basse, il y avait encore des revues datés de l’an 2000, et où traînait entre les pages une poussière grise, trace du présent sur un passé qui devait se survivre !

    Dans l’armoire de l’entrée, elle regardait toujours avec une certaine tristesse, ce jogging déchiré qu’il ne mettait jamais. Des dizaines de paire de chaussures s’entassaient les unes sur les autres alors qu’elle ne le connaissait qu’en baskets. Hormis pour son travail, où il s’habillait sans jamais être à la mode. Être « présentable » suffisait. Il avait un drôle de métier dont il ne parlait jamais « comumétreur »Il garantissait la conformité de tous les travaux d’installation (électricité, peinture, plomberie et autres corps de métiers) mais il ne s’intéressait guère à la décoration.

    Dans sa chambre, il y avait juste un grand lit recouvert d’une housse rouge matelassée. Aux murs rien. Aux fenêtres, des rideaux en voile blanc, que sa mère lui avait offert pour qu’on ne le voit pas dehors.
    Au pied de son lit étaient jetés, tous ces vestiges qui révélaient une vie d’acteur multimédia, où s’imbriquaient toutes les époques. Des vieux 45 tours, des CD, une manette de jeu, mais aussi des photos grand-format en noir et blanc avec encore partout cette poussière incrustée. Il y avait aussi des lettres de femme, sorties de leurs enveloppes, comme des cœurs mis à nu.

    Jane s’en fichait. Il était plus vieux qu’elle. Il fallait bien qu’il ait un passé. Mais heureusement, il n’avait pas d’enfant, et elle se plaisait à rêver que peut-être…

    L’inventaire de ses objets continuait dans la salle de bains. Elle se retrouvait alors avec certitude dans un univers d’homme. Sur son lavabo, étaient posés la mousse à raser et un blaireau qui avait appartenu à son père et qui ne servait plus. C’était une façon de laisser ressusciter des instants d’adolescence, côte à côte, près du miroir.
    Mais cette sentimentalité se laissait vite oublier, devant l’incohérence d’un désordre auquel elle se sentait parfaitement étrangère. Thomas était incapable de jeter. Alors suspendus à la patère, il y avait trois peignoirs. Son peignoir de bain bleu en éponge, un peignoir de soie noire qu’un ami lui avait apporté du Japon et qu’il n’avait jamais mis, et un peignoir en fibres de bambou à la douceur agréable, qui devait être celui d’une de ses maîtresses. Un mot inapproprié sans doute. Thomas était célibataire, il n’y avait aucune place pour l’illégitime, aucune raison à la clandestinité.
    Le seul objet familier dans cette pièce, c’était le panier à linge. Thomas y jetait toutes ses affaires sales, et les déposait une fois par semaine chez Angèle, sa concierge portugaise qui s’occupait de tout. Laver, repasser, changer ses draps, faire sa vaisselle.

    Thomas avait un dégout total du ménage. Et Il mangeait le plus souvent dehors. Mais il adorait le petit déjeuner et surtout le café. Il y avait dans cette cuisine un seul objet dont il prenait soin : sa machine à café Nespresso. Il fallait la nettoyer régulièrement, vider le calcaire, faire couler l’eau chaude où restait pétrifié le marc à café. Puis la remettre en fonction et déguster quotidiennement

    Ces « Restretto » forts et brûlants, ces « Arpeggio »plus veloutés aux aromes subtils, qui corsaient son humeur, d’un supplément de virilité, lui offrant un parfum de « mâle liberté ».

    Jamais de lait bien sur, contrairement à elle. Il n’y en avait pas dans le frigidaire. Étrange pour un célibataire, ni bières, ni charcuterie, mais du beurre, des œufs, et des fromages blancs qu’il achetait par huit et se périmaient parfois. Il y avait aussi des packs de coca-light qu’il achetait pour elle, depuis qu’ils étaient ensemble.

    « Voilà tout ce que je peux t’offrir, disait t’il en riant »Puis il se penchait sur elle, l’embrassait, et ils basculaient ensemble debout ou couchés, heureux d’être enlacés. Dans la lumière ou l’obscurité.

    «  C’est mieux de baiser que de regarder la télé, tu ne trouves pas » Oui, disait t’elle, touchant sa peau, respirant son odeur, posant sa bouche sur son cœur.

     

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