29.09.2008
hotel des libellules (roman inédit) III
Chambre bleue comme toutes les chambres d’hôtel . Anonymes, confortables, sans souvenirs. Une toute petite penderie avec quelques cintres où elle avait rangé sa robe du soir. Une table de chevet en bois noir où était posé une lampe aux bords fleuris. Un grand lit avec un couvre-lit bleu un peu passé, et dont l’étoffe était rêche. Elle le tira en hâte, découvrit les draps blancs et frais, se glissa dedans. Etrange étrangère comme à chaque fois qu’elle changeait de lieu. Mais le poids de son corps était toujours le même, la rondeur des seins, la douceur de la peau et sa main entre ses cuisses. Voulait elle se venger de cet homme qui l’avait laissé seule au bord du désir ?
« J’ai vu mourir dans tes yeux
Des fleurs mauves et bleues »
A qui avait t’elle dit cela, comme un souvenir déposé sur une page, un soir de tristesse.
La petite mort l’avait rendu au sommeil.
Elle se réveilla une heure plus tard encore toute chaude de son plaisir. Le regard cerné qu’elle réhaussat d’un fard turquoise qui accentuait le vert de ses yeux.
Dans le miroir elle se trouva trop pâle. Elle se mit du rouge aux joues, aux lèvres et de la gaité dans son sourire. Elle était prête maintenant à se glisser dans sa robe de soie noire, enfiler ses escarpins, prendre sa pochette Dior, son manteau de cuir et aller au casino.
Océane Folies, un casino de ville balnéaire qui n’appartenait à aucune de ces grandes chaines
Avec leur luxe ostentatoire, leurs restaurants surfaits, leurs portiers au faux sourires, leurs faux jetons, leurs vrais jetons de fausse monnaie. Ici l’antre du diable à gauche en entrant, un antre rouge dégorgeant de fureur, machines à sous vociférantes, sueurs électriques, jackpots qui résonnaient de leurs voix électroniques, tandis que le bruit des petits gains (20 ou 30 pièces) tombait comme une musique cristalline, un jet d’eau pour adultes enfantins qui savaient se contenter du refrain des richesses qui se passaient ailleurs.
Isabelle se croyait au paradis des faux semblants et cela amusait ses nerfs, nourrissait ses émotions, la faisait trépigner, trembler, jouir comme si elle était devenue cette machine folle contre laquelle elle plaquait son corps. D’humain il ne lui restait plus que la démence- encore légère dans son cas-. Ici dans cette salle où la climatisation essayait de réguler la sueur de tous ces hommes et femmes en rut de jeu, elle ne savait plus si elle était une femme ou un homme. Ni si à la machine d’à côté il y avait un être avec un regard qui aurait pu la toucher, qui possédait une voix qui aurait pu lui dire quelque chose, mais cet aspect simple, charnel, même frivole, même élémentaire était balayé d’un revers de sourire.
Seuls les cigarettes fumées ici et là nerveusement écrasés dans des cendriers publicitaires, simples réceptacles et même plus objets ; seuls les cigarettes pouvaient encore faire l’objet d’une conversation ou d’un regard.
« Est-ce que je pourrais vous demander une cigarette ? »
C’était une voix masculine qui lui disait cela. Elle se retourna et laissa échapper un râle de surprise, comme si les mots n’offraient plus d’échappée.
- « C’est vous ? »
Oui je vous ai suivi.
« Vous vous appelez comment ? »
Steeve.
Et vous ?
Isabelle.
« Vous n’avez pas encore dîné je crois ? Je peux vous inviter ? Vous voulez qu’on dîne ici ? »
Elle lui sourit avec difficulté.
-« Oui c’est un bon restaurant, je le connais. »
- Vous venez souvent ici ?
Ce n’est pas la première fois.
Elle se sentait fatiguée de ces simples mots.
Elle préférait le regarder . Il avait des yeux noisettes, son nez était un peu trop long et sa bouche- sa bouche lui plût tout de suite. Les lèvres étaient d’un rose mat et bien dessinées. Ses baisers devaient être impérieux, voluptueux, longs et possessifs. Elle aimait le langage des baisers. Ceux qui disaient les sentiments et ceux qui disaient le plaisir. Les baisers de conquête, de défaite ou d’abandon. Les baisers d’avant et les baisers d’après l’amour. Quand la tendresse retrouvait sa place, quand les mots pouvaient à nouveau exister.
- « Ecoutez, Steeve, je crois qu’on dînera plus tard. »
Eh bien, alors, partons.
11:13 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note











Commentaires
I'm waiting ......what happens next ...it's too good
Isab, you're writing very well
Écrit par : françoise | 29.09.2008
Le vent marin s'enivre et hape, roule et deroule le voile du sari.
coucou
j'habite le sud de l'inde et serai au Maroc en mai 2009. J'aimerais bien vous rencontrer pour vous raconter ma plus belle histoire sur les hazards de la vie
belle journee
fanfan
Écrit par : fanfan | 22.04.2009
je suis née au Maroc mais j'habite en France.
Mais tu as un très joli style, et c'est moi qui suis bien curieuse de savoir les hasards de ta vie.
Tu peux m'écrire quand tu veux sur elisabethouzillou@noos.fr
Écrit par : elisabetha | 22.04.2009
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