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Intérieur(texte)

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Catherine écrasa sa cigarette contre le cendrier rose. Elle regarda le mégot se tordre et eut envie de toucher la cendre. D'un geste rêvé, elle caressait cette poussière grise et troublante. Un plaisir interdit mais tout proche, comme un trait de feu sur le silence. Puis si vite, l'odeur de tabac froid, une toux de gorge irritée et la nausée de ce mégot anonyme.
D'une cigarette qui se consume, Catherine aimait surtout l'odeur blonde et le jeu de la fumée qui se projetait dans l'air en petits ronds réguliers et légers sur lesquel elle posait sa bouche. Des baisers dans le silence comme des miroirs du temps où se mêlaient les souvenirs et les rêves. Histoires que l'on s'invente pour une enfance que l'on a oubliée. Pour des amours qu'on aurait pu vivre.
De nostalgies caresses en émotions voulptueuses l'imprécision de sa mémoire devenait cette errance romantique où la solitude créait des fantasmes. C'était une vie dans sa vie qui ne serait que son bon vouloir, où le temps cesserait d'avancer  où l'espace serait multiple et infini.
Seul l'imaginaire était assez vaste qui repoussait ses limites, trouvant la mer au gré de ses voyages et la liberté au fil de ses mots. Ces mots qui l'avaient rendue plus heureuses que des amants, regards d'ivresses dans des miroirs de fête.
Les mots c'était d'abord une rumeur légère comme un bruissement d'ailes, puis une musique cristalline qui se distillait dans la phrase. Puis ces phrases se composaient en bouquets irisés qu'elle défaisait au vent de ses caprices. Des pétales libertines quittaient leurs corolles pour s'habiller de fulgurances, des pastels orphelins croisaient des oranges incandescents et des pourpres orgueilleux.
Maintenant la page était là et elle pouvait jouer. Jouir. C'était un grand rire fauve qui mordait dans la chair juteuse des illusions. Elle respirait son enfance. Elle caressait son ventre, autrefois maternel, et retrouvait le choc de ce corps dans le sien.
Elle évoquait des visages aimés, amants oubliés. Elle était chair, impudeur, cruauté.
Puis les mots se perdaient. Elle retrouvait les langueurs du silence, sa lassitude. Les gestes quotidiens reprenaient leur ronde monotone.
Ils deviendraient aussitôt ces ratures, ces frustrations, ces déceptions que le temps porte comme un bandeau d'ennui. Catherine pensait à tout ce qui dans sa vie n'avait pas de sens: ces heures mats où elle ne rencontrait que la pesanteur de l'absence et l'émoi du vide.
Seule avec la page blanche...

Catherine s'est assise à son balcon. Elle fume. Cigarette légère entre ses doigts, effleurement de plénitude.
Catherine s'abandonne. C'est le printemps. Le soleil se cache sur ses paupières. Le vent joue dans ses cheveux.
La vie est partout émouvante, insaisissable, multiple. L'instant se gorge d'éphémère. Sur la place au milieu des bancs, des nuées de pigeons laissent dans l'air un murmure de gris.
Catherine sent le Bonheur. Elle ferme les yeux, ouvre les mains mais elle ne peut oublier longtemps.
Elle sait que le monde est aussi fait de haine, de désespoir, de folies. Tous les jours elle lit les faits divers, miroirs obscènes de nos passions. A la une des quotidiens s'étalent les horreurs des guerres, les tueries des hommes, la mort des enfants.
Catherine se blesse de révoltes inutiles. L'angoisse la meurtrit.
Ses  questions sont autant de défaites.
Elle écrase sa cigarette.
Dans une minute, elle sera dehors au milieu des passants.
Caressée par des regards
Des désirs
Aux musiques exquises
Des parfums d'alizées
Au goût de liberté
Ecriront un poème.
 

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