Avertir le modérateur

  • Au temps des saisons

    Après tant de jours gris perdus  dans la monotonie le printemps s'était éclos. Le soleil touchait la peau. Les corps et les âmes se remettaient à rêver et à aimer.
    Elle essayait d'oublier l'hiver et redoutait deja l'été. Elle détestait les voyages au soleil, le corps fourbu de chaleur, la soif insatiable et la sueur sur sa nuque.
    Le soleil la consumait. C'était comme si l'amour se mourait, la vie se retirait, que seul la mer et la violence des vagues pouvaient lui restituer cette énergie perdue.
    Le matin quand il y avait encore un peu de fraîcheur, son regard contemplait cette ligne bleue où le ciel et la mer se confondent. Elle se rêvait elle, si fragile, dans l'espace infini.
    A l'heure de midi recommençait la torpeur. Elle attendait alors le soir, avec le vent, avec les paysages fous des nuages fondus dans la nuit.
    Elle guettait la lune, s'apaisait de ses formes rondes, s'imaginait la toucher, dormir sur son  lit de brumes.
    Puis la nuit tombait. Alors commençait une autre vie, celle de ses voyages dans l'univers  fantasque du jeu. Dans la salle ouatée des casinos, hommes et femmes se rejoignaient dans une tension avide. Ils ne se regardaient plus, mais s'accompagnaient, s'offraient à cette volupté du jeu où l'argent n'était plus qu'un éclat de rire ou un frisson de colère.
    La boule tournait, indifférente, incessante. Les jetons se déplaçaient, ilôts de toutes les couleurs. Quand elle le pouvait, elle choisissait le rouge.
    Rouge: couleur de la vie et la mort. Ce grand voyage de la nécessité et du hasard, dans lequel elle se plongeait, poitrine trop dénudée, bouche frémissante, douleur dévoilée dans l'imminence du plaisir.

  • Ecriture

    il fait beau

    L'écriture n'est elle qu'un jeu du Je? chacun à sa maniére peut y répondre. Tout l'intérêt est de savoir poser la bonne question!  Bon, alors à vos plumes, stylos, crayons, parapluies, bigoudis, dictionnaires, pages blanches, inventaires, grimaces, souffles, paroles, rêveries, aveux. Liste non exhaustive.

  • oh les beaux jours(thêatre)

    Théâtre du Vieux Colombier

    Oh les beaux jours

    Un désert à l'heure du zénith. Sous un ciel d'un bleu irréel, dans une lumière de fournaise, Winnie vit ses "derniers beaux jours". Prise au piège d'un sable de plus en plus mouvant, dont n'émerge plus que le visage et le cou, elle va se défendre avec ce qui reste toujours vivant en elle, et qu'on ne peut enfermer: ses souvenirs et ses mots.
    L'histoire de Winnie et de son compagnon Willie(ils ont tous deux dépassé la cinquantaine) n'est pas celui d'un couple mais la radiographie de leurs mémoires, ce qui survit en elle, ce qui décline pour lui.

    Le quotidien de Winnie se déroule selon un rituel immuable: la sonnerie stridente qui lui indique l'heure du réveil, puis à la fin de la journée l'heure du coucher.Entre ces deux sonneries, pour remplir toutes ces heures inutiles, Winnie répéte ses gestes d'autrefois qui sont restés ceux d'aujourd'hui: se brosser les dents, se regarder dans un miroir, se mettre un rouge à lèvres, sortir un mouchoir et le cacher dans son corsage: toutes ces choses qu'elle garde dans son sac- cadeau de Willie- comme autant de preuves d'existence.
    Au début de la piéce Winnie s'adresse à son compagnon en disant:

    "Je t'en prie mon chéri ne dors pas. Je pourrais avoir besoin de toi".
    Il n'y a pas vraiment de dialogue entre eux, mais seulement des questions que Winnie pose, des souvenirs qu'elle raconte, des injonctions qu'elle tente qui sont parfois des supplications, parfois des reproches. Ceux ci lui permettent surtout de libérer les mots.

    Pour échapper à ces moments"où les mots vous lâchent".
    " Il y a des moments où même eux vous lâchent". Pas vrai Willie?
    Les "Beaux Jours" n'est ce pas avant tout l'histoire de ces mots, de leur réminiscence, de leurs éclats, de leur conscience à travers la vie d'une femme? Ces mots qui la rendent vivante au seuil de cette mort tragique alors que l'ensevelissement dans le sable progresse chaque jour un peu plus.
    Vivante c'est à dire présente à ce beau jour qui naît , à "ce don merveilleux".
    Mais il y a quelque chose d'hypnotique dans cette longue incantation au jour, où l'évocation du bonheur est aussi celle de la douleur.
    Les mots de la jeunesse qui croisent les maux de la vielliesse: la mort des plaisirs et en même temps les souvenirs galants qui les ressuscitent. Il nait de ce contraste une saveur inconnue, faite d'humour et de gravité.
    A quoi servent ses yeux qui ne voient presque plus, ses oreilles qui n'entendent pas? A entendre le murmure des mots, à regarder l'intérieur de l'âme. Dans cette frange de l'être qui touche à l'intimité Catherine Sannie est magique. On voit passer dans son regard toutes les nuances de la joie et de la peine, on "voit" son sourire s'"ouvrir et se refermer" montrant le contentement ou la nostalgie. Même ses joues semblent faire de la musique et nous parler d'une insolence qui ne meurt pas(être libre de ses souvenirs heureux) de ses rencontres du passé où la séduction était essentielle.
    Winnie "vit" chaque parcelle de sa peau, et ses expressions deviennent comme des mots de chair. Un parchemin où la tendresse nous touche, spectateurs émus et vibrants à leur tour.
    Frédéric Wiseman joue lui un Willie un peu pitoyable. Comme s'il n'était déjà plus qu'une marionnette que la vie a quitté. Un personnage qu'il compose avec beaucoup d'humilité.

    A travers cette histoire, Beckett nous raconte le monde "sans rien expliquer ni chercher à comprendre".
    Un monde où l'on aime, on doute, on pense dans une  solitude à deux, où le réel et l'imaginaire se rejoignent dans la fiction théâtrale.

    .

    Catherine Sannie     Winnie

    Frederic Wiseman    Willie

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu